LES ÉPIDÉMIES AUXQUELLES NOUS AVONS ÉCHAPPÉ

ÉTUDE DE CAS:

L'ANTHRAX
AU KENYA

Gagner la confiance de la communauté : Comment le Kenya a jugulé une épidémie mortelle d’anthrax  
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Anthrax bacteria cultivated on a Petri dish
Bactéries à l'origine de l'anthrax cultivées dans une boîte de Petri. Photo reproduite avec l'aimable autorisation des Centres pour le contrôle des maladies/Dr Brodsky

À PROPOS DE L'ANTHRAX

Bien que l’anthrax soit aujourd’hui souvent associé au bioterrorisme, il s’agit d’une maladie ancienne dont il était déjà question, d’après certains chercheurs, dans les écrits d’Homère et de Virgile et même parmi les fléaux bibliques de Moïse,1 ainsi que dans la Chine antique.2 L’anthrax est une bactérie que l’on trouve naturellement dans le sol et qui peut infecter le bétail et les animaux sauvages lorsqu’ils broutent.

Les humains peuvent être contaminés lorsqu’ils mangent de la viande infectée, ou à travers une coupure au niveau de la peau qui les expose à la bactérie lors de l’abattage ou de la manipulation des animaux. La transmission interhumaine est rare.3

Individual with cows in Narok, Kenya
Une femme s'occupe de ses vaches à Narok, au Kenya. Photo reproduite avec l'aimable autorisation de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge/la Société de la Croix-Rouge du Kenya
A Red Cross worker speaks with community members in Narok, Kenya
Une employée de la Croix-Rouge discute avec des habitants de la communauté à Narok, au Kenya. Photo reproduite avec l'aimable autorisation de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge/la Société de la Croix-Rouge du Kenya

L‘anthrax peut provoquer une infection au niveau des poumons, des intestins et des coupures ou des abrasions cutanées.4 La forme cutanée de l’anthrax est celle que l’on retrouve le plus couramment chez l’homme. Elle entraîne des bosses ou des cloques qui démangent et peuvent se transformer en ulcères noirs et indolores. Environ 20 % des personnes touchées par une forme cutanée d’anthrax décèdent si elles ne sont pas traitées avec des antibiotiques. Le traitement permet cependant à presque tous les malades de survivre.5 L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) indique que les cas d’anthrax chez l’homme sont passés de 20 000 à 100 000 cas par an dans les années 1950 à 2 000 cas par an dans les années 1980 grâce à l’introduction d’un vaccin animal6 dans les années 1930, puis d’un vaccin humain dans les années 1950.7

Étant donné que les symptômes précoces et légers peuvent ressembler à ceux d’autres infections, il est possible que le nombre exact de cas soit plus élevé que ce qu’indiquent les chiffres officiels.

En plus de la charge qu’elle représente sur la santé humaine, l’anthrax entraîne des pertes de bétail dont le tribut est lourd pour les communautés. Ces pertes de revenus réduisent le pouvoir d’achat des familles, ce qui entrave leur accès la nourriture, aux services de santé et à l’éducation. Les épidémies d’anthrax peuvent conduire à la fermeture des marchés au bétail pour lutter contre la propagation, ce qui entraîne des pertes économiques même pour les agriculteurs dont les troupeaux ne sont pas directement touchés.

La clé de la prévention de l’anthrax chez l’homme réside dans le contrôle de l’infection chez les animaux d’élevage. Les cas d’anthrax chez l’homme sont aujourd’hui principalement signalés dans les régions où les programmes de vaccination animale sont défaillants.8

Pour en savoir plus sur l’anthrax, cliquez ici (disponible uniquement en anglais).

LES FACTEURS ESSENTIELS DE LA PRÉPARATION AUX ÉPIDÉMIES

  1. Surveillance des maladies

  2. Communication sur les risques

CE QU’IL S’EST PASSÉ

Le 15 août 2019 à Narok, une ville du sud-ouest du Kenya qui longe la vallée du Grand Rift près de la Réserve nationale du Masai Mara, un volontaire de la Croix-Rouge a reçu des nouvelles inquiétantes.

Un membre de la communauté lui a raconté qu’un jeune éleveur local et deux étudiants étaient tombés malades après avoir mangé la viande d’une vache morte. Une fois arrivés au centre de santé le plus proche, tous trois se sont vus confirmer le diagnostic d’anthrax.

L'INTERVENTION

Le volontaire, qui venait de suivre une formation auprès de la Société de la Croix-Rouge du Kenya sur le système de surveillance communautaire, a immédiatement réagi en envoyant un SMS d’alerte au système. Le message d’alerte a été reçu par un responsable qui en a informé les autorités sanitaires et vétérinaires locales, déclenchant ainsi une intervention par le biais du système national de surveillance du gouvernement.

Grâce à la surveillance communautaire, les membres de notre communauté savent désormais reconnaître les signes élémentaires de maladies infectieuses comme l’anthrax et sont capables de nous les signaler instantanément afin que nous puissions faire remonter les informations à nos responsables. Depuis que nous les avons sensibilisés par divers moyens tels que le dialogue communautaire et les visites à domicile, les membres de notre communauté renoncent également à des habitudes dangereuses pour la santé comme par exemple la manipulation d'animaux morts.

Volontaire de surveillance communautaire de la Croix-Rouge
Une employée de la Croix-Rouge à Narok, au Kenya. Photo reproduite avec l'aimable autorisation de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge/la Société de la Croix-Rouge du Kenya

Pour éviter la contamination des humains par l'anthrax, il est essentiel de contrôler les infections du bétail.

La surveillance communautaire, qui permet la surveillance des maladies dans les communautés par les membres de ces mêmes communautés, fait partie du Programme de préparation communautaire aux épidémies et aux pandémies mené par la Société de la Croix-Rouge du Kenya, avec le soutien de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ainsi que de l’Agence américaine pour le développement international (USAID). Ce programme part du constat que les informations sur le début des épidémies parviennent souvent trop tard aux systèmes de surveillance traditionnels. Il a donc pour vocation de faire le lien entre les communautés et les systèmes nationaux de santé et de surveillance, en formant les membres afin qu’ils puissent participer au signalement des maladies à haut risque. Cette solution est simple, souple et peu coûteuse.

Le volontaire a indiqué que, même si la communauté locale d’éleveurs Masai semi-nomades savait ce qu’était l’anthrax, beaucoup restaient sceptiques quant à ses risques. Des chèvres et des moutons de la zone touchée présentaient également des signes de la maladie.

Le message d’alerte reçu grâce au dispositif de surveillance communautaire a conduit le responsable et le vétérinaire du gouvernement du comté à ouvrir une enquête sur la santé du bétail dans la zone. En quelques jours, le comté a fait vacciner 10 600 bovins et 14 000 moutons dans le voisinage.

Un peu plus d’un mois après l’incident, la situation était sous contrôle avec un bilan de quatre cas humains dont un décès, et la communauté était plus en sécurité et mieux préparée qu’elle ne l’avait été auparavant.

Narok, Kenya
Paysage de Narok, au Kenya. Photo reproduite avec l'aimable autorisation de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge/la Société de la Croix-Rouge du Kenya
Landscape in Narok, Kenya
Paysage de Narok, au Kenya. Photo reproduite avec l'aimable autorisation de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge/la Société de la Croix-Rouge du Kenya

Pour gagner la confiance des agriculteurs locaux et s’assurer de leur participation, le gouvernement et la Croix-Rouge ont immédiatement organisé une session de dialogue traditionnelle avec les communautés. Les enseignants dans les écoles ont été formés au dépistage des enfants potentiellement infectés et au signalement de tout cas de maladie aux agents de santé publique ou aux volontaires de la zone. Le Programme de préparation communautaire aux épidémies et aux pandémies a également permis de mener des activités plus larges d’information et de sensibilisation à la santé, comme des émissions de radio, des activités scolaires, des visites à domicile et des sessions de formation en groupe au sein des communautés. Ces activités ont permis d’améliorer les connaissances et les pratiques de santé de la communauté en matière d’élimination sûre des carcasses d’animaux, de signalement des maladies animales inhabituelles et d’informations générales sur les épidémies. Le travail de sensibilisation a été si efficace que la communauté a reconnu le risque, considéré les efforts d’atténuation comme prioritaires et pris en charge le financement de ses propres vaccinations animales.

Un peu plus d’un mois après l’incident, la situation était sous contrôle avec un bilan de quatre cas humains dont un décès, et la communauté était plus en sécurité et mieux préparée qu’elle ne l’avait été auparavant.

Cette étude de cas a été réalisée en partenariat avec la Croix-Rouge du Kenya et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

CHRONOLOGIE

Narok, Kenya
Narok, au Kenya. Photo reproduite avec l'aimable autorisation de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge/la Société de la Croix-Rouge du Kenya

Nous remercions la Société de la Croix-Rouge du Kenya d’avoir lancé le concept de surveillance communautaire qui a permis de renforcer la surveillance basée sur les établissements, dont le maillage était faible, grâce au renforcement des capacités. Les volontaires en santé communautaire signalent depuis la communauté et en temps réel des maladies potentiellement épidémiques. Cela facilite la mise en place d’une intervention rapide pour sauver des vies.

Représentant du gouvernement du comté en charge de la surveillance des maladies (secteur de la santé)

Références

  1. Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis. (20 novembre 2020b). « History of Anthrax ». https://www.cdc.gov/anthrax/basics/anthrax-history.html
  2. Li, Y., Yin, W., Hugh-Jones, M., Wang, L., Mu, D., Ren, X., Zeng, L., Chen, Q., Li, W., Wei, J., Lai, S., Zhou, H. et Yu, H. (2017). « Epidemiology of Human Anthrax in China, 1955−2014 ». Emerging Infectious Diseases, 23(1), 14–21. https://www.who.int/csr/disease/Anthrax/en/
  3. Organisation mondiale de la Santé. (16 avril 2018). « Anthrax ». https://www.who.int/csr/disease/Anthrax/en/
  4. Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis. (2020). (20 novembre 2020a). « Anthrax » | CDC. https://www.cdc.gov/anthrax/index.html
  5. Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis. (2020). (20 novembre 2020a). « Anthrax » | CDC. https://www.cdc.gov/anthrax/index.html
  6. Li, Y., Yin, W., Hugh-Jones, M., Wang, L., Mu, D., Ren, X., Zeng, L., Chen, Q., Li, W., Wei, J., Lai, S., Zhou, H. et Yu, H. (2017). « Epidemiology of Human Anthrax in China, 1955−2014 ». Emerging Infectious Diseases, 23(1), 14–21. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5176222/
  7. Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis. (20 novembre 2020b). « History of Anthrax ». https://www.cdc.gov/anthrax/basics/anthrax-history.html
  8. Organisation mondiale de la Santé. (16 avril 2018). « Anthrax ». https://www.who.int/csr/disease/Anthrax/en/